Quand Lara Croft recommençait tout à zéro
Le 5 mars 2013, Crystal Dynamics lançait l'une des renaissances les plus audacieuses de l'histoire du jeu vidéo. Tomb Raider — ni suite, ni remake, mais véritable reboot — s'attaquait à un défi colossal : réinventer de fond en comble une franchise iconique, au risque de bousculer ses fans historiques. Le résultat, noté 4,06/5 par les joueurs, est un titre qui a marqué une génération et qui continue d'alimenter les débats plus d'une décennie après sa sortie.
Une série à bout de souffle, un reboot salvateur
La série Tomb Raider était arrivée dans une impasse : reprenant sans cesse les mêmes bases de gameplay, des situations identiques et un game-design qui avait tendance à sérieusement bégayer, la saga avait besoin d'un coup de sang frais. Reboot d'une série qui ne savait plus dans quelle tombe fouiller pour trouver de l'inspiration, Tomb Raider version 2013 a finalement suivi les traces d'Uncharted.
Il s'agit bel et bien d'un reboot, à l'instar de Casino Royale pour la saga James Bond, qui ne se contente pas de raconter la jeunesse de Lara Croft, mais qui aborde le personnage sous un nouvel angle : finie la riche héritière archi sûre d'elle et surhumaine, ici c'est une Lara naïve et innocente.
Yamatai, l'île aux mille dangers
Tout commence avec le navire transportant Miss Croft — encore une jeune archéologue inexpérimentée — et son équipe, voguant vers le Triangle du Dragon dans l'espoir de percer le secret de la mythique Impératrice Himiko, avant d'être victime d'un naufrage.
Tomb Raider commence avec Lara et ses amis naufragés sur une île mystérieuse perpétuellement entourée de tempêtes. Lara, à ce stade de sa vie, n'est pas encore la véritable "Tomb Raider". Elle déteste les tombes, n'a aucune expérience avec les armes et manque de confiance en elle. Face à elle : les cultistes de la Fraternité Solarii, des habitants hostiles prêts à tout pour défendre leur île.
Un gameplay taillé pour l'action et l'exploration
Un équilibre qui fonctionne de façon très convaincante, laissant libre cours à des envies de recherches et à la liberté plus ou moins grande d'appréhender les combats. Possédant quelques environnements ouverts et aériens, Tomb Raider met clairement en avant le plaisir de l'exploration, même limitée.
Le jeu propose finalement un excellent dosage entre ces approches de jouabilité, servant grandement le rythme et la narration ; les QTE évitent au joueur d'être complètement passif lors des nombreuses cutscenes, tandis que les scènes d'action assez intenses et souvent jubilatoires — notamment grâce à un arsenal ergonomique et fun à employer — dynamisent l'exploration.
Ces espaces sont l'occasion de mettre en pratique les talents de grimpeuse de Lara, qui s'est dotée dans ce Tomb Raider nouveau d'un piolet pour gravir les parois graniteuses. Un ajout qui dynamise les escalades, obligeant le joueur à dégainer cet outil dès qu'intervient un changement de surface. Un nouvel attirail composé d'un arc, d'un fusil-à-pompe, d'un pistolet classique et d'une mitraillette artisanale.
Des éléments RPG pour faire grandir Lara
Le jeu intègre un système de progression inspiré des RPG : en accumulant de l'expérience et des ressources récoltées sur l'île, il est possible d'améliorer les compétences de Lara ainsi que son arsenal. Lara n'est pas instantanément une professionnelle du tir à l'arc ou du pistolet au départ. Crystal Dynamics a réalisé un excellent travail dans la façon dont Lara évolue au fil du jeu pour atteindre ce statut d'héroïne pour lequel elle était connue dans la série originale.
Un level design d'une richesse impressionnante
Les niveaux sont assez grands et les décors spectaculaires. Le jeu est beau et l'ambiance générale est très réussie. On évolue dans un univers à la fois mystérieux et éblouissant, et la bande son fait bien son travail pour plonger dans l'aventure.
L'île de Yamatai se déploie en plusieurs zones-hub qui s'ouvrent progressivement, mêlant forêts denses, bidonvilles construits à partir d'épaves, monastères envahis par les vents et falaises vertigineuses. Les tombeaux optionnels, parsemés sur l'île, offrent les principales énigmes du jeu et récompensent l'exploration par des ressources supplémentaires.
Une mise en scène cinématographique assumée
Les premiers instants de Tomb Raider, et de nombreuses autres sections tout au long de l'aventure, sont composés de séquences en quick-time events où un bouton mal pressé mène à une fin immédiate. Souvent, ces brèves séquences constituent un changement de rythme bienvenu. Lorsqu'on est pris en embuscade sur un pont étroit ou que l'on fuit une avalanche, le cœur s'emballe.
La transformation de Lara, passant d'aventurière aux yeux grands ouverts à tueuse à part entière, fait sens, et c'est précisément pour ça qu'elle est si troublante. On est forcé de se mettre à sa place, de se demander comment on réagirait face à une attaque sur sa propre vie.
Points forts et points faibles : le bilan honnête
Ce qui fonctionne à merveille
- Une direction artistique de haut niveau, avec des environnements variés et immersifs
- Un rythme maîtrisé, alternant exploration contemplative et scènes d'action explosives
- Une bande-son et des bruitages très soignés, qui renforcent l'immersion à chaque instant
- La progression de Lara, crédible et émotionnellement engageante
- Une durée de vie généreuse : comptez environ 16 heures pour finir le jeu à 100%, et davantage pour les explorateurs acharnés
Les réserves à noter
- La survie, gérée de façon simpliste, apparaît comme un élément en trop, phagocyté par les principes d'XP et de customisation.
- Un scénario jugé assez plat par certains joueurs, sans véritables surprises.
- Une variété d'ennemis limitée : la seule vraie menace animale du jeu est le loup, présent dans de très courtes séquences.
- Des tombeaux optionnels parfois trop courts et des énigmes peu complexes comparées aux anciens épisodes
Le multijoueur : une parenthèse anecdotique
Tomb Raider 2013 proposait également un mode multijoueur inédit dans la franchise, opposant deux équipes de quatre joueurs — récupérateurs contre survivants — dans trois modes de jeu distincts, avec des armes et des environnements directement issus de la campagne solo. Les DLC associés au mode multijoueur se sont avérés peu utiles selon les joueurs, et le mode lui-même n'a pas su convaincre sur la durée. C'est clairement l'aventure solo qui demeure le véritable cœur du jeu.
Un reboot qui a posé les bases d'une trilogie
Voulu tel quel par Crystal Dynamics, Tomb Raider est surtout un divertissement pur jus, parfois vraiment intelligent dans sa mise en scène et ses choix de ton. La "Survivor Trilogy" (trilogie du survivant) a débuté à la fin de la septième génération de consoles avec ce Tomb Raider sobrement intitulé. Cette approche ancrée et réaliste de Lara a été bien accueillie à l'époque.
Les développeurs ont su recréer le personnage de Lara Croft comme il faut : on retrouve la véritable aventurière qui a fait le succès de Tomb Raider, avec cette fois un véritable caractère et une histoire qui font son humanité. Tomb Raider 2013 reste, plus de dix ans après sa sortie, une référence incontournable du jeu d'action-aventure à la troisième personne — une œuvre imparfaite, certes, mais terriblement efficace et addictive.